„Tous de jolis films, mais qui nous ont semblé terriblement engoncés sitôt apparu le joyau de cette édition, objet unique et rabelaisien, festin visuel qui se permet la cruauté drôle comme le tragique.”

Source: next.liberation.fr
Publish Date: June 14, 2019
Author: Marius Chapuis

“Le sublime de ces mémoires d’un chien tient d’abord aux apports de trois artistes qui ont nourri la cinéaste de leurs univers respectifs : Gina Thorstensen, Sarah Mazzetti et, le plus célèbre d’entre eux, Brecht Evens, qui officie à titre de «conseiller graphique» («un titre un peu vague qui me convient», nous dit-il). Autorité majestueuse du dessin, richesse de la matière, souplesse du mouvement. Le brouillon côtoie l’enluminure comme les couleurs mates et vives de l’acrylique s’entrechoquent avec de subtils jeux de transparence aquarelle. Dans ce carnaval, le film pourrait mille fois se disloquer, perdre son fil à mesure que s’y démultiplient les acrobaties plastiques. Il y trouve au contraire un principe d’unité, une voix qui lui est propre. «Un bon odorat vaut un millier de mots»,dit l’animal, semblant nous parler du dessin qui se déploie comme un terrain hypersensoriel. Dans le même plan, cubiste, fauve, nabi et expressionniste, Anca Damian fait coexister des personnages et objets vus de dessus, de profil et de trois quarts – pour embrasser le monde d’un seul regard ; pour regarder le monde avec des yeux neufs. Afin d’exprimer la folle dévotion de Marona pour son premier maître, artiste circassien qui lui a promis d’être «pauvre par alliance», le film suspend les rapports d’échelles et représente ses personnages en géants dévalant les rues d’une ville lumière comme s’il n’y avait qu’eux sur Terre. La visite d’un simple appartement se transforme en gourmandise: on y pénètre par une vue de coupe, sorte de cube dont chaque carré figure un foyer – qui rappelle furieusement la première page des Rigoles de Brecht Evens -, et l’on s’en extrait par le toit, qui s’ouvre telle une fleur et dévoile une voûte céleste où l’on s’en va gambader. Si l’on sait le film condamné à devenir une tragédie, il n’aura de cesse de changer de forme, de vibrer, de vivre de partout.”

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